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Les peu intéressantes municipales de Strasbourg

Nous sommes en 2026, au lendemain du premier tour des municipales. Dans un pays ravagé par le centrisme et le clientélisme, une zombie du PS strasbourgeois revient sur le devant de la scène, en tête des votes. Le premier aboutissement d’une élection municipale particulièrement nulle.

Vivant ici depuis ma naissance, je n’ai jamais trouvé la politique de la municipalité particulièrement marquante, et les quelques exceptions qui me viennent en tête ne sont pas spécialement glorieuses. Sous la municipalité de Roland Ries (Parti socialiste), avait ainsi été construit le Grand Contournement Ouest, une autoroute tracée au détriment de zones écologiques importantes.

Il faut certes rester reconnaissant pour toutes politiques en matière de transport en commun, permettant à Strasbourg d’avoir un réseau de tramways et de bus imparfait mais oh combien utile. Cette politique a eu hélas tendance ces dernières années à s’accompagner d’une politique peu pertinente sur le reste du secteur transport : pistes cyclables parfois discutables, impossibilité de se garer à des heures où les transports en commun ne sont pas suffisants, parkings relais insuffisants, carrefours dangereux pour les piétons et cyclistes, etc.

Cette année, aucune candidature ne m’a particulièrement tapé dans l’œil, en voici un passage en revue et mes conclusions.

 

Le PS strasbourgeois, les centristes flous

Au sujet de cette candidature, la question qui se pose n’est pas tant une affaire de fond que de forme. Au niveau des mesures, on est sur du classique : plus d’espaces verts, mise en place d’adjoints de quartier (une honte que cela n’existait pas avant d’ailleurs), hausse de la fréquence des trams, maîtrise des tarifs de l’énergie,… Je suis peu convaincu par le rétablissement de l’éclairage de nuit, et par la mise en place d’une brigade des transports, mais globalement, ça reste tout à fait acceptable.

Ce qui coince de mon côté, ce serait bien plus les porteurs du projet. Je n’ai aucune confiance envers le PS, pas plus strasbourgeois. Trautmann n’est pas la plus dynamique des candidates, mais pire encore, sa compatibilité avec le macronisme est à redouter. Lors d’une réunion de quartier, ses colistiers étaient les plus convaincants – peut-être aussi les plus rodés à l’exercice- mais ce n’est pas suffisant. En terme de milieu socio-professionnel enfin, on y constate une dominance de la classe moyenne supérieure, ce qui est au moins représentatif de Strasbourg si je devais être médisant. Pour l’anecdote, on y retrouve notamment mon ancienne professeure en droit pénal.

Si on ajoute à ça la question du Grand Contournement Ouest, qui m’avait déjà rebuté lors des précédentes élections municipales, il paraît évident que le PS est exclu d’office.

 

Les écolos strasbourgeois, les bobos des villes

Condamné à voter Jeanne Barseghian aux précédentes municipales pour éviter l’arrivé d’un macroniste, je suis obligé d’assumer son premier mandat. Celui-ci n’est pas autant désastreux que certains aimeraient le croire, on est pas au niveau d’une Anne Hidalgo. Néanmoins, comme toujours avec l’écologie politique, les bonnes intentions conduisent parfois à de mauvaises décisions.

La voiture en a pâtit, et même si je ne suis pas un partisan du tout voiture, loin de là, force est de constater qu’il y avait une manière de faire sans se mettre à dos des milliers d’automobilistes. C’est là le principal reproche que je pouvais avoir à faire, surtout quand il était question de réduire la vitesse sur un des grands axes routiers de la ville pourtant déjà bien encombré.

Néanmoins, je dois reconnaître qu’à l’instar de Catherine Trautmann, le programme n’est pas spécialement mauvais. La question est toujours la même, pourquoi ne pas avoir fait ces belles idées au mandat précédent ?

Ajoutons à ça l’européisme notable des écolos, et on comprendra aisément mes doutes.

 

Les insoumis insoutenables, les bobos des facs

Je n’ai jamais caché avoir voté France Insoumise pendant un bon moment, notamment sur la période 2017/2019. Je critique depuis longtemps l’évolution du parti depuis son tournant gauchisant et son abandon progressif des questions souverainistes.

Cette année, LFI version Strasbourg m’aura hélas convaincu sur cette position critique, à de multiples reprises.

Je n’ai jamais eu autant l’impression d’avoir affaire à des amateurs que pour ces municipales. Le principal fait d’armes restera la réunion de quartier où la colistière, s’exprimant dans un français approximatif, se réjouissait que la candidate du RN n’ait pas eu droit à la parole malgré sa présence. Introduire un discours de clôture d’une assemblée de quartier, pensée pour la démocratie locale, par l’acclamation d’une censure politique, c’est faire preuve d’une bêtise crasse. Il est possible qu’ils aient perdu mon vote là-dessus.

Malheureusement pour eux, le programme n’est pas mieux, et est à l’image de tout le reste. Déconnectées du réel et en plein clientélisme, certaines mesures impliquent ainsi la fin d’un jumelage avec une ville israélienne (et je suis loin d’être un pro-sioniste) ou la création d’un « tiers-lieu queer, lieu ressource pour les personnes LGBTQIA+ ». Beaucoup de mesures de bon sens aussi, il faut être honnête, et il faut leur reconnaître une communication au sujet de l’organisation des élections plutôt intelligente. Mais la candidature strasbourgeoise incarne tout ce que je n’aime pas chez LFI post-2019, et ce sera un grand non pour moi.

 

Les républicains, clichés de la droite alsacienne

Venu avant tout contre la maire sortante plus que pour les habitants de Strasbourg, Jean Philippe Vetter présente une approche ancrée dans une droite classique, et introduite par de nombreuses critiques frontales et pas toujours justifiées à l’encontre des mandats précédents.

Critiquer la dépense publique, les incivilités et les attaques contre les valeurs républicaines est un classique de la droite UMP. Mais à force, cette politique sent un peu le renfermé quand on sait que ce genre de bord politique n’a jamais rien fait de très concret sur ces sujets.

Le programme de Vetter en matière de sécurité n’a rien à envier à celui du RN, ou des macronistes par ailleurs, comme je le montrerai plus loin. Le rétablissement de l’éclairage public la nuit s’accompagne d’un doublement des effectifs de la police municipale, et des mesures purement symboliques comme la sanction des incivilités et des dépôts sauvages, qui à priori sont déjà prévues dans l’arsenal juridique auquel un maire a accès en tant que garant de l’ordre public.

Je retiendrai comme mesure positive la création d’une halle gourmande, convaincu par ce que j’avais vu à Lille il y a quelques années. Je serai déjà plus critique sur le stationnement gratuit en ville entre 12h et 14h, à des heures où les transports en commun sont largement suffisants.

Bref, la droite traditionnelle dans toute sa splendeur, tout dans l’annonce, pas grand-chose à l’arrivée et rien qui ne remette grand-chose en question non plus.

 

Les macronistes, clichés des bourgeois strasbourgeois

Mon désamour pour les macronistes est toujours présent, plus fort et convaincu que jamais. Je n’ai jamais mis un seul bulletin dans une urne en faveur de ce parti, je ne compte pas commencer aujourd’hui, d’autant plus que les maires font partis des élus à pouvoir donner une signature en élection présidentielle.

Le programme de Pierre Jakubowicz est à peu près le même que celui de Vetter, si bien qu’il m’est difficile de les distinguer. Dans la manière d’agir, on notera la même hargne envers les autres candidats, notamment par un vote qualifié de « nécessaire pour faire barrage aux verts et à LFI », et par un candidat « premier opposant à Jeanne Barseghian ». Tout ça n’a pas été très efficace, Jakubowicz finissant en dessous des 10 % au premier tour. Comme quoi, pour porter le macronisme et ses paillettes, il faut toujours un peu de charisme, sinon les gens voient la supercherie.

Enfin, on notera dans sa liste un record de colistiers venant des classes moyennes supérieures (cadres et patrons, retraités de la fonction publique, notables,...) et des quartiers les plus riches de la ville, permettant d’identifier le macronisme avant d’en voir l’étiquette. C’en était risible tant c’était au-delà de la caricature.

 

Le Rassemblement national, une (énième) droite

Je n’ai pas d’amour particulier pour le Rassemblement national, opportunistes de première et amalgame de plein de monde pas toujours très jojos. Depuis leur période Bardella, je suis même encore + critique, le parti perdant son côté antisystème et délaissant les combats importants. Sûrs de leur base militante, ils se reposent sur une aura contestataire peu méritée, et n’ont d’ailleurs jamais vraiment percé à Strasbourg.

Leur candidate, Virginie Joron, n’est pas antipathique pour le coup, et semble s’inscrire dans une tradition + Lepeniste que Bardelliste. Ses positions sur le Covid, la guerre en Syrie ou en Ukraine sont alignées sur l’axe souverainiste/dissident dans lequel j’évolue, ce qui reste positif.

Ceci dit, le programme n’est rien d’autre qu’un énième tract tendance droite sécuritaire, version poujadisme. Vidéo-surveillance, police municipale, tout y passe et on a l’habitude. Pas toujours très concret, on a pas affaire à quelque chose d’extrêmement intéressant.

On notera que niveau sociologie des colistiers, ça reste plutôt varié, tendance classe moyenne.

J’admets sans problème avoir soutenu publiquement sur les réseaux sa présence dans les débats, et de voir que son programme est similaire à ceux de Jakubowicz et Vetter me conforte dans l’idée que la censure était peu productive et peu pertinente. Pas de quoi me faire voter pour eux, néanmoins.

 

Candidatures citoyennes et de témoignage

A ces candidatures connues s’ajoutent six autres candidatures « mineures ». Trois sont des listes citoyennes, ce qui signifie souvent à Strasbourg listes communautaires. Je n’ai pas besoin de revenir vraiment sur celles-ci. Il est quand même intéressant de noter que l’une d’entre elle avait près de 85 % de personnes issues de l’immigration, majoritairement turques, et puisque je suis toujours observateur des compositions des listes, une absence de diversité dans un sens comme dans l’autre doit être souligné.

Globalement, ces listes ont de bonnes idées en matière de démocratie locale et d’économie, mais le risque du communautarisme et de l’entrisme n’est jamais loin, et je préfère toujours rester prudent.

Les trois autres listes étaient issues de l’extrême gauche, et le programme était rarement mis en avant, effacé par la mise au premier plan des luttes à échelle nationale. C’est toujours regrettable d’en arriver là, surtout que porter une voix d’extrême gauche à échelle municipale est tout à fait possible, même plus qu’à l’échelle nationale.

Néanmoins, et parce que je me refuse à voter blanc au 1er tour, j’ai fini par porter mon dévolu sur la liste de Lutte Ouvrière. Je me dois de souligner la composition de leur liste, transclasse et surtout représentative de la société. Je ne partage pas pour autant tous leurs combats, mais j’avoue que parmi tous les candidats, il n’y avait bien qu’eux pour mériter un vote sans grande conviction.

 

Conclusion

Une élection peu intéressante, je l’ai dis, qui met en avant une ville strasbourgeoise assez centriste et embourgeoisée. Moins à droite que sa région alsacienne, elle demeure hélas très peu souverainiste, comme en témoigne les différentes candidatures. On retrouvait une envie de démocratie locale très forte cependant, que ce soit dans les programmes et les participants aux tables rondes, et c’est un pilier de la souveraineté populaire. Une ligne sociale, pertinemment écolo, pro-démocratie locale et rationnellement souverainiste, a toutes ses chances dans une élection municipale. Mais à Strasbourg, capitale européenne, c’est loin d’être gagné. La preuve, je me retrouverai à revoter Barseghian, sans grande conviction comme à mon habitude. C’est triste.

 

Union européenne économie réforme parti socialiste Macron